J’ai vu la vidéo. Voir des êtres humains agoniser sous le feu pendant plusieurs minutes est une violence extrême. Une violence qui ne peut être ni banalisée, ni expliquée par des mots simples, ni absorbée sans laisser de traces.
Les faits remontent au 4 février 2026, à la suite de la disparition d’une femme enceinte. Trois hommes, soupçonnés d’être impliqués dans cette affaire, ont été exécutés publiquement sans qu’aucun jugement n’ait été rendu.
Si ces images bouleversent profondément, ce n’est pas seulement à cause de leur brutalité. C’est parce qu’elles révèlent une rupture plus grave encore : celle de notre capacité collective à protéger la vie humaine, à poser une limite claire, même face à la douleur, même face à une injustice perçue comme insupportable.
Refuser de partager ou de consommer ce type de contenu n’est pas une fuite. C’est parfois une manière de préserver ce qui reste essentiel : notre humanité.
Au-delà de l’émotion, ces actes posent des questions lourdes et mesurables — sur l’état de la société, la confiance dans les institutions, et les conséquences silencieuses que ce type de violence produit, y compris là où on ne les attend pas.La douleur n’est pas la justice
La souffrance humaine est réelle. Elle peut être immense, insupportable. Perdre un enfant, un proche, un avenir, peut faire basculer n’importe qui.Mais une société ne se construit pas sur l’émotion brute. Elle se construit sur des règles, même imparfaites, même lentes, même frustrantes.
Lorsque la douleur devient un argument suffisant pour supprimer une vie sans jugement, alors la frontière entre justice et barbarie disparaît. Et à partir de ce moment-là, plus personne n’est réellement protégé.
Quand la foule remplace le tribunal
Ce qui glace le plus, ce n’est pas uniquement l’acte en lui-même, mais ce qui l’a rendu possible.
Il y avait une foule, nombreuse, présente.
Des voix ont encouragé.
Des regards ont validé.
Des gestes ont accompagné.
Ce n’était ni la stupeur, ni le silence. C’était une scène rendue possible par la participation — active ou passive — de ceux qui étaient là.
Ce n’était pas une absence de réaction.
C’était une responsabilité collective.
À cet instant précis, le tribunal n’existait plus.
La justice avait été remplacée par la foule, et la loi par l’instant, la colère et l’irréversible.
Ce que voient les investisseurs (même quand on pense qu’ils ne regardent pas)
On parle souvent d’investissement direct étranger (IDE) comme d’un sujet technique : taux, fiscalité, procédures, incitations, zones économiques spéciales.Mais en réalité, les investisseurs regardent d’abord le climat général :
- la prévisibilité
- la sécurité juridique
- la capacité de l’État à faire respecter ses propres règles
Aujourd’hui, Madagascar affiche l’un des taux d’IDE rapportés au PIB parmi les plus faibles de la région, très loin de pays comparables qui, pourtant, n’ont pas forcément plus de ressources naturelles ou humaines.
Pourquoi ?
Parce qu’aucun investisseur sérieux ne sépare :
- le climat social
- le respect de la vie humaine
- la crédibilité de la justice
- et la sécurité de ses capitaux
Quand une société tolère la violence publique sans procès, le message est clair — même s’il n’est jamais formulé :
si la loi ne protège pas la vie, elle ne protégera pas non plus les contrats.
IDE et confiance : un lien direct, souvent ignoré
Attirer davantage d’IDE — disons passer de x % du PIB à un niveau comparable aux pays de la sous-région — ne se résume pas à :- baisser un impôt
- créer une agence
- organiser un forum économique
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit sur des signaux faibles, répétés, cohérents.
Et la violence publique non sanctionnée est l’un des signaux les plus destructeurs qui soient.
Une question de responsabilité collective
Ce texte n’accuse personne en particulier. Il ne vise ni des individus, ni des familles, ni des communautés.Mais il pose une question que nous ne pouvons plus éviter :
Quel message envoyons-nous au monde — et à nous-mêmes — lorsque nous acceptons que la vie humaine puisse être supprimée sans jugement, au vu et au su de tous ?
Le développement économique n’est pas qu’une affaire de chiffres. C’est une affaire de valeurs vécues, appliquées, incarnées.
Regarder la réalité en face
Si Madagascar veut :- attirer plus d’investissements
- créer des emplois durables
- retenir ses talents
- inspirer confiance à sa diaspora et à ses partenaires
Ce n’est pas confortable à dire. Mais c’est nécessaire.
Mot de fin
Refuser la violence publique, ce n’est pas nier la douleur. C’est refuser que la douleur devienne une règle.Et c’est peut-être l’un des premiers pas — silencieux mais décisifs — vers un avenir plus juste, et donc plus prospère.
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