Un hub stratégique au cœur des risques climatiques
Madagascar est l’un des pays les plus exposés au monde aux aléas climatiques, en particulier aux cyclones qui balaient la zone Est et Sud-Est de l’île presque chaque année. Les saisons cycloniques récentes ont entraîné des pertes humaines, d’importants dégâts aux infrastructures, des cultures détruites et des familles déplacées, avec des conséquences sociales lourdes et un impact direct sur l’activité économique.Dans ce contexte, le hub de Manakara, financé à hauteur de 600 000 € par l’UE et 200 000 € par le WFP, constitue une infrastructure logistique essentielle. Il comprend deux unités de stockage en acier d’une capacité totale de 1 000 tonnes, destinées à conserver des denrées alimentaires, médicaments et autres approvisionnements d’urgence, ainsi que des bureaux pour l’équipe en charge de la coordination.
Préparer plutôt que réparer : un modèle économique avisé
Ce qui rend cette initiative particulièrement pertinente, c’est son approche anticipative plutôt que réactive. Jusqu’ici, la gestion des catastrophes à Madagascar — comme dans beaucoup de pays vulnérables — reposait surtout sur une aide déclenchée après le passage du cyclone : routes rendues impraticables, ponts effondrés, villages isolés et familles sans ressources. Cette logique d’intervention post-catastrophe est non seulement coûteuse, elle est aussi inefficace face à la fréquence croissante des phénomènes climatiques.En stockant d’avance des ressources dans des points stratégiques comme Manakara, l’État malgache et ses partenaires réduisent les délais de réponse, ce qui peut sauver des vies et limiter les pertes économiques. On parle ici d’un changement de modèle vers la gestion des risques, avec des bénéfices directs :
- Réduction des coûts logistiques d’urgence
- Minimisation des pertes agricoles et productives
- Préservation des actifs essentiels (routes, écoles, systèmes d’irrigation)
- Maintien plus rapide de l’activité économique locale
Un levier pour le développement local
Au-delà des aspects humanitaires, un hub logistique structuré peut devenir un multiplicateur d’impacts économiques. La disponibilité rapide d’intrants, de semences ou de matériel agricole après une catastrophe permet aux communautés rurales de revenir plus vite à leurs activités économiques — qu’il s’agisse de riziculture, de production de vanille ou d’élevage. Cela signifie moins de contraintes sur les chaînes de valeur locales, moins de migrations forcées vers les villes, et une plus grande stabilité des marchés domestiques.Ensuite, la présence d’infrastructures comme celle de Manakara favorise la coopération public-privé, car les opérateurs économiques savent qu’il existe une plateforme de réponse capable de limiter les interruptions d’activité.
Vers une politique nationale de gestion des risques plus robuste
La coordination du hub est confiée à l’Office national de gestion des risques et catastrophes (BNGRC), qui l’inscrit dans la politique nationale d’urgence et de préparation. Cette logique doit maintenant être élargie : multiplier ce type d’infrastructures dans d’autres zones sensibles, intégrer des technologies de prévision et cartographie des risques, et renforcer les liaisons avec les partenaires régionaux et internationaux.Ce modèle n’est pas seulement utile en cas de cyclone – il peut s’appliquer à d’autres types de chocs, comme les sécheresses ou les épidémies, qui deviennent plus fréquents avec le changement climatique.
Un signal fort pour les investisseurs
Pour les acteurs économiques et investisseurs, cette initiative est un signal positif. Elle montre que Madagascar prend au sérieux la gestion des risques systémiques, ce qui réduit l’exposition globale des projets aux aléas climatiques. Dans un environnement où la perception du risque influe directement sur les décisions de financement, une stratégie proactive de préparation améliore l’attractivité du pays — notamment pour les secteurs liés à l’agro-industrie, à l’infrastructure et aux assurances climatiques.En consolidant ses capacités de réponse d’urgence grâce au hub humanitaire de Manakara, Madagascar fait un pas important vers une économie plus résiliente face aux chocs climatiques. Cette infrastructure n’est pas seulement un entrepôt : c’est un outil de développement, un amortisseur de crise et un catalyseur de stabilité. Dans un monde où le climat devient un facteur de plus en plus déterminant des trajectoires économiques, investir dans la préparation n’est plus une option — c’est une nécessité stratégique.

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